
"Les femmes et moi"
Le projet "les femmes et moi" est un projet engagé multidisciplinaire visant à porter les voix des femmes anonymes. Œuvrer pour ces femmes, c'est militer pour un monde meilleur, c'est le cœur de mon travail.


Le château
Archétype de la femme objet.
Le conte du château à prendre, est d’une étonnante récurrence. J’ai toujours cru qu’il s’agissait de la princesse, mais au fond à bien y regarder, à la princesse s’arrête l’histoire. L’unique chose à connaître sur elle, c’est la légende qui tourne autour de ce château.
La conquête utile : c’est le bâtiment. S’il y a un dragon à dompter, c’est mieux, plus glorieux. Plus la douve est profonde et sombre, plus il y regorge de danger alors le chevalier, le prince en devenir pourra exposer sa puissance. Pour accéder au donjon humide de la princesse, il lui faudra braver de hautes murailles de pierres, Les hourds et les tours surplombées par le mal. Il lui faudra abattre la forteresse qu’occupe le dragon.
Le dragon qui par ailleurs ne se fait jamais un petit gueuleton de la princesse, il l’a garde, intacte, prisonnière d’elle-même en quelque sorte. Mais je me demande si l’on peut être prisonnière de notre propre intériorité ? Je me demande si le dragon, n’est pas là pour nous protéger ? Si ce dragon ce n’est pas un peu nous en fin de compte ? Car si la seule gloire se trouve dans la prise du château alors que sommes nous pour les princes ?
La Légende est bien construite, elle est faite pour honorer le héros. Les princesses, on s’en tape, suffit juste que leur château soit vierge de toute prise ennemie. La princesse n’est pas le sujet à aimer, il a toujours été uniquement question du seul et unique objet visible de l’extérieur : son château. Alors une fois la prise faite, on peut en faire ce qu’on veut du château : casser des murs, celer des ouvertures, faire plus grandes les douves pourvu qu’aucun autre ne s’y introduise pendant qu’on part en conquête d’autre forteresse. L’objet de désir n’est et n’a été que le château. À l’interrogation : qui est le sujet qu’il renferme ? La réponse est la suivante : on s’en fou pourvu que le château présente bien.


La navigatrice
Tina-l'archétype de la mère nourricière
Tina à n’en pas douter est une grande sorcière, l’incarnation de l’ensorceleuse. Elle est la femme qui murmure à vos oreilles, les formules magiques qui vous permettent de venir révéler votre intériorité.
Elle est une prêtresse des temps modernes.
Et elle est douée.
Elle est grande et passionnée.
La vérité, c’est qu’on ne concède pas à une magicienne de son rang, la faiblesse qu’instaure les bouleversements de la vie.
Elle ne se l’accorde pas à elle-même.
Elle refuse de rompre.
Pour un temps.
La maternité a cela de fascinant, qu’elle vient nous retrancher dans nos limites.
Elle nous confronte.
Elle nous submerge.
Je te vois dans l’eau, toi qui as toujours tenu ton navire droit vers la femme que tu voulais incarner au monde.
Ce désir de maternité t’a habité si longtemps.
Tu t’es échouée sur la rive.
Toute navigatrice que tu es, tu as eu le mal de terre.
Et tenir un enfant dans ses bras n’est pas chose facile.
Alors, quand on sent encore en soi les remous de l’océan, c’est une tâche qui devient pour la moins fastidieuse. Ça demande de s’enraciner et de déposer son pouvoir un instant.
Et quand nos racines se sentent bien dans la maternante forêt, il est difficile de reprendre la mer, de laisser derrière soi son enfant. Quand le monde contraint à l’exil dans les grands bleus du savoir alors qu’on voudrait seulement s’ériger en mère, un moment.
Le temps qu’on estime nécessaire.
La côte accuse le coup des vents violents, de l’écume cinglante.
Le sel des mers altère, érode les rivages.
Les forêts se tiennent au loin, mais ne sont pas épargnées.
Tu n’es pas épargnée, toi, qui as pris plaisir à t’enraciner.
Toi qui t’y sens bien.
Toi qui n’as jamais été aussi fière que de tenir ton enfant dans tes bras pour la première fois.
Tu n’avais plus de place pour les sages murmures, pour l’écoute des tempêtes des autres. Il te fallait créer autour de ton petit, la clairière qui te semblait juste pour lui, pour toi, pour vous.
C’est une singulière durée, qu’exige cette prouesse.
Mais voilà, sur les patriarcales terres, il te faut choisir.
Il te faut renoncer à ton droit de sorcellerie pour devenir la mère nourricière attendue.
Tu as défié cela, tu as créé une île loin des côtés, aux cœurs des ouragans du monde.
Sans concession.
Et maintenant, tu es prête, tu reprends doucement la mer.
Aujourd’hui, c’est en mère sorcière que tu navigues.
T’échouer sur les rivages de la maternité t’a rendu la grandeur de tes pouvoirs.
La sorcellerie a fait de toi une mère, bien plus complète que ne le sera jamais l’archétype qui nous est imposé.